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L'archéologie en Isère

Les fouilles du prieuré Saint-Martin-de-Miséré (Montbonnot)

Etude d'élévation 2014

La commune de Montbonnot s'étant engagée dans un vaste projet d'aménagement sur le site de l'ancien prieuré de chanoines augustins fondé au XIe siècle, Saint-Martin-de Miséré, une étude d'élévation a porté au printemps 2014 sur l'aile conservée abritant notamment la salle du chapitre.

Ce travail préalable aux travaux de construction de la salle des arts et de l'aménagement du site fait suite à plusieurs campagnes de sondages archéologiques.
Il a permis d'établir qu'après l'édification d'un mur d'enceinte de construction soignée mais assez peu élevé, on a bâti dès le XIVe siècle, un premier édifice pourvu d'un étage, qui s'appuie contre le mur de clôture alors surélevé. Peu après, on a prolongé ce premier bâtiment par un second, toujours appuyé sur le mur primitif : cet espace est accessible par une large porte charretière et éclairé par deux fenêtres au rez-de-chaussée. Une petite niche ménagée dans la maçonnerie permet de poser une lampe. Enfin vers la fin du XVe siècle se poursuit cet alignement de bâtiments par l'adjonction de deux nouveaux espaces : un escalier droit assure désormais la desserte de l'étage. Les portes présentent d'élégants linteaux sculptés en accolade ; raffinement et confort suggèrent qu'il s'agissait d'espaces résidentiels, au moins aux étages. Une demande de protection au titre des Monuments historiques a été déposée par la commune.

 

Campagne 2010


Du 19 avril au 27 juin 2010 s'est déroulé sur le site de l'ancien prieuré Saint-Martin à Montbonnot, un chantier de sondages archéologiques.
Il s'agissait d'évaluer, dans ce secteur d'occupation ancienne, le type et l'importance des vestiges enfouis et de mieux connaître les édifices conservés, notamment une partie de l'aile du chapitre, seul vestige du monastère médiéval encore debout. C'est en effet en ce lieu que la commune de Montbonnot envisage d'installer plusieurs équipements culturels ...

Le prieuré de chanoines augustins, fondé par saint Hugues à la fin du XIe siècle, fut supprimé par le cardinal Le Camus à la fin du XVIIe siècle, pour installer un séminaire (établissement destiné à former des prêtres), confié à la gestion d'une congrégation religieuse, les oratoriens. Celui-ci est fermé à la Révolution française et les bâtiments vendus au titre des Biens nationaux en 1792.
L'église, qui abritait la fonction paroissiale, se maintient jusqu'en 1830 ; elle est alors abattue et ses matériaux sont récupérés pour être vendus.

 

Merci aux fouilleurs bénévoles qui ont participé à ce chantier.

Les évènements d'avril 2010

Du 19 au 23 avril :
l'ouverture des cinq sondages est réalisée grâce à une pelle mécanique. Celle-ci retire la terre par enlèvements horizontaux, raclant le sol en de fines couches jusqu'à ce que des vestiges soient repérés. Cela s'accompagne de dégagements et nettoyages manuels, afin que les structures mises au jour puissent être identifiées sans dommages. Dans le même temps est retirée l'importante couche de déblais qui enchape les maçonneries attenantes à l'aile du chapitre, (visibles par endroits avant le début de l'opération).

Du 26 au 30 avril :
après le départ de la pelle mécanique, le nettoyage des différents sondages se poursuit. L'objectif est de préparer la fouille à venir en proposant une lecture la plus claire possible des structures déjà exhumées. Le matériel archéologique découvert durant ces deux premières semaines est très récent : essentiellement constitué de céramique et de quelques ossements, il appartient à l'époque qui suit la vente du prieuré comme bien national et le démantèlement de certains des bâtiments (notamment l'église).

Du 3 au 7 mai 2010

 L'anthropologue est arrivée ! C'est à elle qu'incombe, pendant un mois, la fouille des sépultures : non seulement pour étudier les ossements découverts, mais également pour comprendre le mode d'inhumation : cercueils, calages de pierre et planches, présence de mobilier... voire aucune trace (ce qui n'exclut alors pas l'utilisation d'un linceul). Ce sont donc autant les populations locales (état sanitaire, âge, sexe) que les pratiques accompagnant le décès que cette discipline permet d'appréhender.

Les découvertes de la fouille plus classique se poursuivent : une fosse, percée dans le sol pavé d'un bâtiment découvert, commence à être fouillée. Le sédiment qui la remplit livre du mobilier très récent mais également d'importants fragments de terres cuites façonnées pour servir d'éléments d'architecture : ces briques et nervures de voûtes comportent encore quelques traces d'enduits peints à leur surface ; elles évoquent une construction de qualité, du XIIIe siècle.

 

Mais le mauvais temps subi pendant une partie de la semaine  contraint à un autre genre d'activité : sur la façade sud-ouest du presbytère, les mortiers parfois très couvrants qui empêchaient une lecture satisfaisante du mur ont été piquetés. Plusieurs fenêtres bouchées ainsi que des reprises plus ténues du bâtiment sont désormais bien plus lisibles. Reste à faire la synthèse des observations réalisées pour disposer d'un phasage chronologique précis des maçonneries, puis à compléter le dessin réalisé de la façade.

Du 10 au 12 mai 2010

La fouille se poursuit avec le prélèvement des premières sépultures, dont les ossements seront étudiés en laboratoire, et le démontage du sol pavé d’un bâtiment qui occulte vraisemblablement d’autres sols plus anciens. L’opération archéologique progresse dans plusieurs sondages, ce qui devrait permettre d’atteindre sous peu des niveaux d’occupation proches de la période médiévale.

L’étude des bâtiments conservés n’est pas en reste : une spécialiste des enduits peints est venue estimer l’intérêt de sonder les murs du presbytère. La conservation éventuelle de peintures murales pourrait permettre de mieux comprendre et périodiser l’évolution de l’aménagement intérieur du bâtiment.

Le chantier a également reçu la visite d’un géomorphologue – spécialiste de l’évolution des paysages – du service archéologique municipal de la ville de Lyon. Les observations réalisées par ses soins sur les sédiments du site pourraient révéler des interférences entre l’occupation humaine du prieuré et des phénomènes naturels (notamment liés à l’écoulement de la Doux) : traces d’inondations, de glissements de terrains…

Du 17 au 23 mai 2010

 

La fouille progresse dans tous les sondages ; cela nécessite qu'on relève au fur et à mesure - sous forme de plans - tous les éléments dégagés. Ces représentations graphiques du terrain sont accompagnées de fiches décrivant les sédiments rencontrés : couleur et texture de la terre, présence de cailloutis, mortiers ou objets divers... Le mobilier (terme qui désigne tout objet découvert en fouille) est, lui, ensaché et étiqueté en fonction de son emplacement de découverte. Cet enregistrement minutieux permet, une fois les sondages rebouchés, de réaliser le rapport de fouille en ayant à disposition toutes les données issues des différentes étapes du travail de terrain.

Malgré la lenteur qu'imposent ces opérations, la fouille livre de nouvelles données : une cinquième sépulture est en cours de dégagement au chevet de l'église et une sixième, apparaissant comme un coffre de pierre, va bientôt être fouillée. Plus au nord, une portion de la nef de l'église et l'emplacement présumé du cloître - dont une galerie présente des traces d'incendie - font également l'objet d'investigations attentives.

Du 25 au 29 mai 2010


 

L'intervention sur le bâti touche à sa fin ! Après cinq semaines de travail, l'essentiel des murs extérieurs est dessiné avec un niveau de détail variable : pierre-à-pierre dans les zones les plus anciennes et sujettes à de nombreux remaniements, ou plus générales dans les agrandissements et réfections récents. Ces relevés regroupent toutes les observations portées sur les maçonneries : nature et agencement des matériaux, différences dans les mortiers employés... Autant de données qui renseignent sur les campagnes de travaux successivement réalisées sur cet édifice : construction au XIIe siècle, modification à la fin du Moyen Âge (petite fenêtre en brique notamment), agrandissement vers l'ouest à l'époque moderne et enfin percement régulier de nouvelles fenêtres aux deuxièmes et troisième niveaux de la façade.

 





La fouille n'est pas en reste : dans le grand bâtiment découvert à l'ouest du site, plusieurs sols de terre battue précèdent les carreaux de pavement du dernier état d'occupation. Cela témoigne d'une occupation longue et active, du Moyen Âge à l'époque moderne. Plus à l'est, de nouvelles maçonneries ont été découvertes juste en avant de l'abside de l'église ; gageons que la poursuite de la fouille permette de préciser leur vocation.

Du 31 mai au 4 juin 2010

 

Le chantier s'est enrichi de nombreux bénévoles - expérimentés ou non, bonimontains ou non - qui participent activement à la progression de la fouille. Leur formation les familiarise aux techniques des différentes étapes du travail de terrain mais les confronte aussi aux questionnements et problèmes qui accompagnent les découvertes successives : inventorier et conditionner le mobilier découvert, analyser et comprendre la stratigraphie (l'empilement des différentes « couches » du terrain), etc.

Les vestiges mis au jour actuellement ne facilitent pas cet apprentissage ! L'abside de l'église, très touchée par le démantèlement postrévolutionnaire, se révèle particulièrement pauvre en mobilier et présente des couches archéologiques très proches des fondations et difficiles à interpréter. De même, la galerie de cloître en cours de fouille livre de très nombreux ossements (aucune sépulture toutefois) mais aucun niveau d'occupation tangible.

  La visite d'une historienne de l'université de Grenoble, signe de la collaboration engagée entre archéologues et spécialistes des textes pour l'étude du prieuré, devrait permettre de prolonger et compléter certains questionnements qu'amène le travail de terrain.

Du 7 au 11 juin 2010

  Si l'organisation générale des bâtiments du prieuré nous est connue par plusieurs plans réalisés à la Révolution, les sondages archéologiques ont toutefois permis de découvrir des structures non encore répertoriées. Il en va par exemple ainsi du bâtiment ouest dégagé dès l'ouverture du chantier et qui, à l'instar de l'édifice encore debout actuellement, s'ouvrait sur le cloître. Mais, surtout, la fouille a très récemment confirmé l'existence d'une première église, antérieure aux vestiges de celle du XIIe siècle. Pour l'instant, une bonne part du tracé de l'abside de cette construction primitive apparait. Peut-être s'agit-il du lieu de culte donné aux chanoines lorsqu'ils entreprennent de fonder le prieuré Saint-Martin-de-Misere à la fin du XIe siècle. La poursuite de la fouille et la découverte éventuelle de mobilier associé à cette construction devrait permettre de préciser sa datation.
 

Le travail des spécialistes des enduits peints a également commencé dans l'édifice conservé. Leur travail consiste à effectuer des sondages dans les murs en retirant, dans des zones bien précises, les différentes couches qui revêtent les maçonneries. Les enduits - peints ou non - découverts à cette occasion pourront peut-être permettre de préciser l'évolution du bâtiment, déjà bien établie grâce à l'étude des murs et des mortiers.

Du 14 au 18 juin 2010

 

Les découvertes continuent à l'emplacement des deux églises superposées, révélées par la fouille la semaine dernière. Au milieu de l'abside la plus ancienne est apparu un massif de maçonnerie qui pourrait, mais l'hypothèse reste à préciser, appartenir à un monument gallo-romain ; aux quelques fragments de céramiques médiévaux trouvés s'ajoutent plusieurs tessons indubitablement antiques (tuiles « tegula » et belle céramique dite « sigillée » notamment). Malheureusement, il sera sans doute impossible de déterminer la fonction d'un tel bâtiment, dont les vestiges très réduits n'autorisent actuellement aucune interprétation.

  La pluie battante a parfois contraint à un travail d'intérieur : il était nécessaire de déchiffrer de nombreux graffitis recouvrant les parois avant de faire tomber, en certains endroits, les multiples couches d'enduits qui masquent les maçonneries. Le travail de spécialistes des peintures murales a également conduit à une découverte surprenante : il semble que les parements extérieurs des murs du clocher (au moins un en tous cas) étaient recouverts d'enduits peints jaunes et rouges.

Du 21 au 27 juin 2010

  La fin du chantier approchant, un ultime enregistrement des données a été engagé cette semaine sous la forme de « coupes stratigraphiques » : il s'est agit de dessiner l'empilement des couches visibles dans les parois verticales des sondages, de manière à disposer d'un récapitulatif de leur ordre d'apparition lors de la fouille.

Le bâtiment ouest, voisin du cloître présumé, continue de livrer - à une profondeur assez importante - des niveaux d'occupation : deux négatifs de poutres, disposés en angle droit, ont pu être mis au jour... sans que la vocation de ces deux pièces de bois puisse pour autant être déterminée : support de cloisons légères, limite d'une zone foyère ? Plus à l'ouest, l'espace qui constitue peut-être un second bâtiment livre du mobilier en abondance : des céramiques, ossements, objets métalliques... et même des fragments de tissus - tous rattachables au XVIIIe siècle -, ont été collectés.

 

 

Par ailleurs, presque au pied du bâtiment isolé, de nouvelles sépultures ont été mises au jour. Leur examen nécessiterait un trop long travail et, compte tenu des objectifs de la fouille, tous les squelettes ont été laissés en place.  La fouille se trouve donc, dans ce sondage, cantonnée à un espace restreint ; elle devrait néanmoins permettre de mieux comprendre l'organisation et l'évolution d'une (petite) partie du cloître.