Les bâtiments de cette centrale étaient destinés à fournir en énergie électrique les usines de la société Electrochimique de la Romanche d'Edouard Lullin (carbure de calcium, alimentation de la ville de Grenoble), puis les fours électriques des aciéries des Etablissements Keller et Leleux.
Repères
Les centrales sont implantées sur la rive gauche de la Romanche, adossées à la montagne et tournées vers le nord. Depuis la déviation, on a aujourd'hui une vue sur l'ensemble.
Cette centrale, réalisée en trois campagnes principales de construction, comprend :
Le bâtiment Livet I, construit en 1898, est constitué d'une grande halle de forme rectangulaire allongée, entièrement en pierre, accolé à l'origine à l'usine aujourd'hui disparue. La toiture, à charpente métallique, est à lanterneau, comme c'est fréquemment le cas dans l'architecture industrielle. La façade principale est située dans le pignon nord, tourné vers la Romanche. Elle est très sobre mais réglée, avec une grande ouverture, en bas et trois ouvertures dans la partie haute.
Ayant remporté l'appel d'offre pour la fourniture d'électricité destinée à éclairer la ville de Grenoble, la Société Electrochimique de la Romanche créa une seconde centrale en 1905, tout en louant une partie de sa production à la société Keller et Leleux qui deviendra propriétaire de la centrale double en 1906.
L'emprise du bâtiment Livet II, de forme trapézoïdale et beaucoup plus large que le premier, s'adapte à la parcelle de terrain disponible, en s'appuyant contre le précédent et en s'étendant vers l'amont.
Plus que par son plan, c'est par sa structure porteuse verticale en poteaux métalliques, par la composition de sa haute et large façade en pans de fer vitrés, par la forme de son toit et par ses détails décoratifs que le bâtiment Livet II exprime une nette volonté de rupture avec Livet I.
Malgré le plan ramassé de l'édifice, la transparence et les reflets de la façade principale de Livet II contribuent à lui donner un aspect léger et presque aérien, où certains voient une allusion aquatique. De plus, un soin particulier du détail architectural et une ornementation de qualité font de cette paroi un véritable manifeste publicitaire exprimant le dynamisme et la modernité des sociétés qui s'y sont succédées.
De même, à l'intérieur, on note l'emploi de carreaux de ciment polychrome pour réaliser le dallage, solution à la fois solide et raffinée utilisée à la même époque pour les sols des zones de circulation des immeubles et des sièges d'entreprises grenoblois.
Cette centrale destinée à répondre à l'augmentation des besoins en énergie des Etablissements Keller et Leleux, producteurs de fonte synthétique à Livet durant la Première Guerre mondiale, est implantée en rive gauche de la Romanche. Elle est classée au titre des Monuments historiques depuis le 2 septembre 1994.
Repères
Cette centrale, d'une quinzaine d'années plus récente que le bâtiment II de la centrale de Livet, a été conçue pour une « mise en scène de l'eau ». Toutes les fonctions de la centrales, de la chambre d'eau au canal de fuite sont concentrées sur la même parcelle. Charles-Albert Keller décrit ainsi son projet en 1925 : « D'abord j'ai obéi à des goûts personnels en l'espèce. J'ai voulu ensuite démontrer que la houille blanche et le tourisme sont conciliables, et puis j'ai tenu à apporter à un pays auquel je me suis fortement attaché une contribution à son embellissement. Enfin, et cela m'est très cher, offrir à mon personnel que j'estime une preuve de plus de ma sollicitude affectueuse en le faisant bénéficier particulièrement de ces embellissements qui agrémentent ici un peu sa vie et celle des siens ».
Elle comprend :
La terrasse supérieure, de plain pied avec la route, est aménagée en jardin à la française avec allée, arbres, parterres bordés de vases, fontaine monumentale (en fait chambre de mise en charge-cheminée d'équilibre) et clôture. Les pylônes supportaient des projecteurs à l'origine.
La terrasse inférieure où se dresse la centrale est au niveau de la berge. C'est une vaste cour en partie arborée, propre à l'admiration de l'ensemble par le recul et la variété des points de vue. Elle est aussi clôturée au nord par la Romanche et à l'ouest par l'eau du canal de fuite, donnant l'effet d'un château protégé d'une douve franchie par un « pont-levis ». Pour relier les deux niveaux, le grand escalier monumental, en ciment moulé, s'inspire nettement de celui du château de Vizille (disposition, balustres, niches). C'est un dispositif fonctionnel de circulation, mais plus encore un élément de surprise théâtrale et un instrument de découverte des lieux. Il était à l'origine éclairé et apparemment doté d'un calvaire.
La centrale est implantée sur la rive droite de la Romanche, parallèlement à la rivière, à distance du flanc de la montagne. Un pont métallique franchissant la rivière permet d'y accéder depuis la route départementale 1091.
Repères
Au-delà de son pont d'accès, cette centrale bien visible depuis la route comprend :
La centrale des Roberts est un bâtiment de plan rectangulaire, de type halle industrielle à pont roulant, construit suivant les techniques traditionnelles de la deuxième moitié du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Le souci de l'esthétique est néanmoins nettement plus marqué que sur le bâtiment I de la centrale de Livet, quoique les Roberts soient édifiés en pleine guerre.
Les façades sud et ouest, les plus visibles depuis la route, sont traitées avec beaucoup plus de soin que les deux autres. Sur le mur gouttereau tourné vers la Romanche, les baies sont disposées de manière régulière en huit travées sur deux niveaux et portent l'enseigne peinte de la CUAEM. Le mur pignon aval est percé de trois grandes ouvertures implantées symétriquement. En partie basse s'ouvrent une large porte, à gauche et une grande baie, à droite, toutes deux traitées avec le même soin du détail que pour les baies du mur précédent (plein cintre, brique, ciment moulé). Au-dessus, un grand oculus assorti donne l'axe.
La toiture à deux pans est constituée, comme celle de la centrale de Rioupéroux à qui celle-ci s'apparente, d'une charpente en fermes métalliques légères, supportant en sous face des carreaux de terre cuite ou cancalons. Du poste de transformation situé dans la partie amont du bâtiment, les lignes électriques longent l'extérieur avant de s'échapper à destination des pylônes singuliers et du franchissement de la rivière.
La centrale est implantée sur la rive gauche de la Romanche parallèlement à la rivière qui fait un coude en cet endroit. Cet emplacement (sur la berge et le plus à l'aval possible du site industriel) lui permet de retirer le maximum de hauteur de chute et donc de puissance à proximité immédiate des bâtiments des usines, aujourd'hui démolis.
Repères
Cette centrale comprend :
Sa conception architecturale originelle est très voisine de celle du bâtiment I de Livet et de celle des Roberts mais ici le bâtiment est légèrement plus grand.
De plan rectangulaire et de type halle industrielle à pont roulant, il a été construit suivant les techniques traditionnelles de la deuxième moitié du XIXe siècle pour remplacer des installations préexistantes par une unique centrale plus puissante. Le souci de l'esthétique est plus marqué que sur le bâtiment I de la centrale de Livet mais moins affirmé que sur la centrale des Roberts.
Contrairement à ce que l'on constate aux Roberts, les quatre façades sont ici traitées de la même manière : sur les murs gouttereaux, les baies couvertes de briques sont disposées de manière régulière en huit travées sur deux niveaux.
La toiture est constituée, comme celle des Roberts, d'une charpente en fermes métalliques légères.
Le nettoyage de l'esplanade industrielle voisine d'environ 1 hectare a rendu très visibles bâtiment et dispositifs extérieurs jusque là noyés dans les ateliers et circulations internes.
Le barrage, situé juste en aval du canal de fuite de la centrale des Roberts, mesure 10 m de long et 3, 70 m de hauteur. Implanté entre la route et la rivière, il expose de façon évidente l'importance du traitement de l'eau à la dérivation (dégrilleurs, bassins de décantation) et son impact sur le débit d'une part, l'aspect du lit de l'autre.
Le canal d'amenée maçonné à ciel ouvert longe longuement la route puis les cités ouvrières, protégé par endroit par des traverses. Il porte la ligne électrique en provenance de la centrale des Roberts et à destination de l'usine des Clavaux (Gavet). Un énorme robinet est visible sur son flanc près de la chambre de mise en charge. Il a été remanié et agrandi. Pour rester presque horizontal, il débute à fleur de terre et s'achève en dominant de plusieurs mètres le sol.
Rioupéroux conserve également la première conduite forcée de la vallée, construite en 1867. Il s'agit de la conduite rivetée desservant jadis la papeterie dont elle actionnait les installations directement (sans passer par la fabrication d'électricité). Elle affleure près de la route de la Salignère et a été prolongée. Aujourd'hui elle surgit du sol près de la centrale qu'elle contourne. Deux conduites (soudées et non rivetées) descendent par ailleurs le long du lit de la Romanche. Toutes se subdivisent à l'extérieur pour alimenter les groupes, à l'instar de la centrale des Roberts.
La centrale est bâtie sur un terrain plat et entourée d'espaces arborés. Elle est en fort contrebas de la route, au niveau de la berge, et donc peu visible depuis la circulation. Son implantation est à l'aval du hameau des Clavaux.
Repères
Cette centrale comprend :
Le bâtiment Clavaux I est le plus ancien du site. Désaffecté en tant qu'usine de production d'électricité, il ne sert plus que de lieu de stockage du matériel depuis 1954.C'est un édifice de plan rectangulaire, de type halle industrielle à pont roulant, construit suivant les techniques traditionnelles de la deuxième moitié du XIXe siècle. Sa taille est comparable à celle du bâtiment I de la centrale de Livet dont il est à peu près contemporain. Le souci de l'esthétique est à peine plus marqué que sur celui-ci et nettement moins affirmé que sur les centrales des Roberts et de Rioupéroux. Les baies sont disposées de manière régulière en cinq travées sur deux niveaux.
Le poste de transformation est plaqué à l'extrémité de ce bâtiment dont il dissimule le pignon ouest derrière son mince écran rectangulaire. Edifié en béton avec toit-terrasse, probablement lors de transformations postérieures à l'édification de Clavaux I, il présente trois travées de trois ouvertures superposées et cintrées. Celles du dernier niveau, plus larges et moins hautes que les autres, permettent le départ des lignes électriques.
Le bâtiment Clavaux II, de plan rectangulaire et de type similaire au précédent à l'origine a été repris ensuite en partie haute avec la mise en place d'un toit-terrasse. Il comprend quatre travées régulières dégagées du côté ouest, vers la grande cour.
Le souci de l'esthétique de détail est là aussi à peine plus marqué que sur le bâtiment I de la centrale de Livet et nettement moins affirmé que sur les centrales des Roberts et de Rioupéroux. Les murs sont enduits, sans marquage de soubassement. Sur les deux longues façades, les horizontales sont très marquées en partie haute : bandeau et corniche saillants, rang de fenêtres plus nombreuses et plus longues que hautes. De même, le petit côté sud porte à ce niveau une longue table à coins découpés. A l'intérieur, on remarque que la toiture terrasse en béton repose sur des portiques en béton armé. Le nombre, l'importance et la disposition des ouvertures confèrent aujourd'hui à Clavaux II une luminosité intérieure exceptionnelle.
La ligne particulière en provenance de la centrale des Roberts et à destination de l'usine de Gavet traverse le site. Un logement autrefois liés aux centrales est également présent à proximité de la cour.
Les bâtiments de la centrale de Pierre-Eybesse sont totalement invisibles de la route anciennement nationale, même depuis la mise en service de la déviation de Gavet. La centrale, située en contrebas de l'usine de silicium toujours en fonctionnement et dans laquelle elle se trouve de fait enclavée, est coincée entre un rognon rocheux et la rivière. Elle a pris la suite d'une centrale antérieure totalement disparue, construite entre la Romanche et l'usine de la Société des Soudières Electrolytiques.
Repères
Cette centrale comprend :
Le corps de bâtiment Pierre-Eybesse II est une construction de plan rectangulaire, de type halle industrielle à pont roulant, construite suivant les techniques traditionnelles de la deuxième moitié du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Le bâtiment, édifié selon un axe sud-sud-ouest/nord-nord-est dans une boucle de la Romanche, est partiellement enterré côté amont, très en contrebas de l'usine qui le domine de plusieurs mètres. Il est sur la berge de la rivière dont il accompagne le lit.
Son emprise est sensiblement équivalente à celle du bâtiment Clavaux II dont la construction initiale est de peu postérieure, mais le souci de l'esthétique semble ici totalement inexistant. La toiture à deux pans de pente moyenne est portée par des fermes métalliques légères en treillis à entrait brisé supportant actuellement une couverture en tôle qui a probablement remplacé une couverture en tuiles mécaniques.
L'ensemble du bâtiment, plus trapu que les autres centrales, est de plus totalement écrasé par son encaissement.
Le bâtiment Pierre-Eybesse III est de plan rectangulaire. La structure porteuse est constituée de sept grands portiques métalliques déterminant six travées régulières. Il appartient donc à la famille des hangars industriels ou agricoles de la seconde moitié du XXe siècle. La toiture à deux pans, à très faible pente, repose directement sur le portique. Les pignons sont aveugles. Le mur gouttereau sud (du côté du bâtiment Pierre-Eybesse II) est éclairé uniquement en partie haute, au dessus du pont roulant, par des fenêtres de format rectangulaire horizontal, occupant toute la largeur des travées. En revanche, le mur gouttereau nord est éclairé, en partie basse, par des fenêtres étroites et hautes (deux par travée), et en partie haute, par des fenêtres identiques à celles de son vis-à-vis. Cette disposition de l'éclairage rappelle ce qui se faisait à la même époque dans des maçonneries épaisses de béton (centrales de Pontcharra sur le Bréda, de Pont-Haut sur la Roizonne). Tant par sa structure de portiques métalliques au-dessus du sol que par la profondeur et la structure en béton armé de ses aménagements inférieurs, ce bâtiment se distingue de toutes les autres centrales de Livet-et-Gavet.
D'une manière générale on notera que la conception du bâtiment Pierre-Eybesse III ne fait pas preuve d'une grande recherche architecturale mais que les détails constructifs de la structure et les aménagements (paillasses d'escalier, menuiseries, garde corps, etc.) sont soignés.
Bien que cette centrale ait disparu, il semble opportun de mentionner qu'il en subsiste des vestiges, situés sur le territoire de la commune de Livet-et-Gavet, à proximité de la commune de Séchilienne.
Repères
La centrale elle-même, installée en rive gauche sur le terre-plein entre route et rivière, a été totalement effacée. Les vestiges conservés (double arc de sortie au débouché de la galerie souterraine et berceaux de soutien des conduites forcées) devraient, au même titre que les six centrales encore en activité, être considérés dans le cadre de la réflexion sur le devenir des bâtiments et équipements hydrauliques sur la commune.
Ceci est d'autant plus vrai que la prise d'eau et son barrage, situés à la hauteur du hameau de Gavet et à l'immédiate aval du canal de fuite de la centrale de Pierre-Eybesse sont toujours en état. Placée en rive droite, cette prise d'eau alimente désormais la centrale du Péage-de-Vizille.