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L'archéologie en Isère

Les fouilles de Colletière (Charavines)

L'habitat médiéval fortifié de Colletière à Charavines

 

Pirogue de l'an mil découverte à Colletière. Restauration et cliché Arc-Nucléart
Pirogue de l'an mil découverte à Colletière. Restauration et cliché Arc-Nucléart

Fouillé de 1971 à 2011, Colletière est un bel exemple des sites qui, à partir de la Préhistoire, se sont établis sur un rivage lacustre avant d'être recouverts par les eaux.

Restés en milieu humide depuis leur submersion, les vestiges de cet habitat sont presque intacts, sans avoir subi la « contamination » d'objets plus récents. Grâce à leur conservation sous l'eau, les matières organiques (bois, graines, restes de plantes, cuirs) et, de manière plus générale, l'ensemble du matériel sont par conséquent dans un remarquable état de fraîcheur, alors qu'ils se seraient dégradés ou auraient même complètement disparus en milieu sec.

Entre 1006 (date de son édification) et 1040 (date de son abandon), le site de Colletière occupait une presque île du lac de Paladru séparée de la terre ferme par un marécage qu'une longue passerelle permettait de franchir. Il comprenait un atelier de charpenterie avec une réserve de bois, un dépotoir, plusieurs aménagements de berge, une stabulation pour abriter le cheptel domestique et l'habitat proprement dit, entouré par une forte enceinte quadrangulaire faite de pieux et de planches.

 

A l'intérieur de la fortification, trois bâtiments également en bois devaient héberger environ cinquante personnes. Au centre, l'édifice le plus puissant (peut-être en forme de tour et pourvu d'une écurie) accueillait les maîtres du domaine. Deux autres, de moindre taille, leurs compagnons et serviteurs. Partout, les sols couverts de litières végétales ont favorisé la perte et la bonne conservation d'objets qui apportent un témoignage exceptionnel sur la vie quotidienne dans un établissement précastral du XIème siècle.

Charavines, Colletières, cliché D. Vinçon, CG38Charavines, Colletières, cliché D. Vinçon, CG38

Bien que la cueillette en milieu naturel ait fourni profusion de denrées consommables (plantes sauvages, noix, châtaigne, noisette) l'essentiel des ressources alimentaires provenaient de l'agriculture (fragments d'araires, faucilles, houe, grains de seigle, de blé, d'avoine ou d'orge), de l'élevage (porcs, bovins, ovins) et de la pêche (flotteurs de filet, hameçons, écailles de poissons). En revanche, la chasse ne jouait qu'un rôle marginal. Mais la répartition des ossements révèle qu'on mangeait un peu de gros gibier (cerf, chevreuil, sanglier) dans l'édifice principal et de petits animaux (volatiles, lapin) dans les autres. Les différences de statut social entre les occupants se marquaient donc à travers la nourriture.

Reconstitution de l'habitat de Colletière, dans l'environnement actuel, Charavines. Infographie J. Martel.

Reconstitution de l'habitat de Colletière, dans l'environnement actuel, Charavines. Infographie J. Martel

 

 Charavines, Colletières, cliché D. Vinçon, CG38 Charavines, Colletières, cliché D. Vinçon, CG38Charavines, Colletières, cliché D. Vinçon, CG38 Charavines, Colletières, cliché D. Vinçon, CG38

Charavines, Colletières, cliché D. Vinçon, CG38

Parmi les objets les plus courants, on remarque d'abord la vaisselle en céramique (vases à cuire, cruches, gourdes) et en bois (assiettes, plats, cuillères). L'outillage et les produits artisanaux viennent ensuite. Ceux de la menuiserie (haches, herminettes, vrilles, tarières, rabot), du textile (forces, fuseaux, quenouilles, bobines, éléments de métier à tisser), de la métallurgie (enclumes, marteaux, poinçons, culots de forge, couteaux), de la bourrellerie (alènes, aiguilles, semelles, ceintures, chaussures). Enfin, des creusets pour fondre l'étain et le verre correspondent à la petite orfèvrerie (broches, pendentifs, épingles, bagues, boucles d'oreille).

 

Charavines, Colletières, cliché D. Vinçon, CG38

Remarquables constructeurs, paysans avisés et artisans aux multiples compétences, les habitants de Colletière étaient par ailleurs équipés pour défendre leur territoire. Pratiquant l'équitation (mors, éperons, harnais, selles), ils possédaient un matériel militaire complet (cuirasses, lances, javelines, hache d'armes, épées, arbalètes). A cela s'ajoutaient un niveau de vie enviable (nourriture abondante, bijoux soignés, monnaies en argent) et des loisirs plutôt « aristocratiques », comme le prouve la découverte d'instruments musicaux élaborés (muse, vièle) ou celle de jeux d'échecs.

Charavines, Colletières, cliché D. Vinçon, CG38 A cela s'ajoutaient un niveau de vie enviable (nourriture abondante, bijoux soignés, monnaies en argent) et des loisirs plutôt « aristocratiques », comme le prouve la découverte d'instruments musicaux élaborés (muse, vièle) ou celle de jeux d'échecs.
 

Charavines, Colletières, cliché D. Vinçon, CG38

     

Charavines, Colletières, cliché D. Vinçon, CG38

            

 

 

L'ensemble de ces informations permet de voir dans cette petite communauté des « milites » (catégorie sociale intermédiaire entre la riche paysannerie et la véritable noblesse), envoyés dans la région au tournant de l'an mil par un quelconque pouvoir seigneurial pour coloniser de nouvelles terres.

 

 

 

 

Vue aérienne des vestiges, G. Cabella

Vue aérienne des vestiges de Colletière, Charavines, G. Cabella

 

Texte : Michel Colardelle et Eric Verdel / Clichés : G. Cabella et D. Vinçon, Musée dauphinois

Plongez dans le lac de Paladru

L'habitat immergé des chevaliers-paysans de l'an mil (Charavines - Isère)

Réalisation : PYXEOS - 2012
Images : J. Ismaël et M. Revenu
Musique originale : Yoneos

Rendez-vous en 2017

Après une première synthèse parue en 1993 et la quarantaine d'ouvrages ou articles publiés depuis lors, la seconde publication scientifique des recherches effectuées dans le lac de Paladru est prévue pour 2017.

Elle s'accompagnera d'un livre « grand public » et d'une exposition sur l'archéologie lacustre au Musée dauphinois.

 

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