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L'archéologie en Isère

Les fouilles de l'hôpital psychiatrique de Saint-Égrève

Aux origines du Dauphiné : 1000 ans d'histoire à l'hôpital psychiatrique de Saint-Égrève

texte de : David Jouneau, responsable des fouilles

Situé au nord-ouest de Grenoble, l'hôpital psychiatrique de Saint-Égrève a été bâti au XIXe siècle sur les vestiges de l'ancien prieuré Saint-Robert le Cornillon. Cet établissement, dépendant de l'abbaye bénédictine de la Chaise-Dieu (Haute-Loire), se place au cœur de la vie politique et religieuse des débuts du Dauphiné, en attirant toute l'attention et les faveurs des premiers dauphins. En effet, il fut fondé dans les années 1070 par les comtes Guigues II et Guigues III, qui choisirent ce monastère comme lieu de sépulture.

 

Dans le cadre d'une importante restructuration de l'hôpital, la totalité du monastère fait l'objet d'une fouille archéologique préventive depuis mai 2017, menée sous la direction de David Jouneau (Archeodunum SAS). Plusieurs phases ont d'ores et déjà été identifiées : romane, gothique, moderne et contemporaine (fig. 1).

 

Fig. 2 : Vue du probable réfectoire, aménagé avec un sol en mortier de tuileau. Des gradins maçonnés, dont la fonction n’a pas encore été déterminée, longent les murs latéraux. L’accès se faisait par une porte à l’extrémité ouest de la pièce, non loin du lavabo ; cliché Archeodunum

 

L'évolution du monastère de la fin du XIe siècle au XVIIe siècle

L'ensemble médiéval est organisé autour d'un cloître rectangulaire de 350 m², avec des galeries de 3 m de largeur. L'église, d'une longueur de 40 m, est composée d'une nef à bas-côtés de 19 m de largeur divisée en 4 travées, délimitant 8 chapelles. Un transept de 30 m de largeur, doté d'absidioles, englobe la travée droite du chœur, un chevet à pans coupés se prolongeant à l'est. La moitié nord du transept et les absidioles sont détruites à la période gothique, une simple tour étant construite dans le prolongement du bas-côté nord.

L'aile orientale, accolée au bras sud du transept, est composée de deux grandes pièces, dont la salle du chapitre. Un ensemble de bâtiments, constitués de structures légères (murs en galet peu fondés) est construit à l'est de cette aile, probablement au bas moyen-âge.

L'aile sud est composée d'une vaste salle qui pourrait correspondre au réfectoire (fig. 2) et d'une pièce équipée d'un foyer central et de plusieurs canalisations qui évoquent des cuisines (fig. 3). Cette aile se prolonge à l'est, au-delà du carré claustral, et rejoint à l'ouest un ensemble de bâtiments qui enjambe un bief. Ce dernier longe le flanc méridional du monastère. Enfin, un simple mur de clôture ferme le cloitre à l'ouest.

Fig 3 :Vue des cuisines médiévales. Un foyer central, des canalisations d’évacuation en terre cuite et des canalisations d’adduction en plomb équipent cet espace ; cliché Archeodunum

Fig. 4 : Vue du bief moderne (XVIIe siècle) longeant le flanc méridional du monastère reconstruit ; cliché Archeodunum

Partiellement détruit lors des Guerres de Religion, le prieuré est entièrement reconstruit entre 1658 et 1660, à l'exception de l'église, sous l'impulsion réformatrice de la congrégation de Saint-Maur. Les bâtiments conventuels reprennent en partie les fondations anciennes. Si la structure de l'église évolue peu, le cloitre est agrandi vers l'ouest et le sud et un nouveau bief est construit, toujours sur le flanc méridional du carré claustral (fig. 4). L'aile orientale concentre les fonctions liturgiques et administratives (sacristie, salle du Chapitre), l'aile sud les fonctions domestiques (réfectoire, cuisines) et l'aile occidentale les dépendances (celliers).

Fig. 5 : Fouille en cours du caveau de la chapelle nord-ouest de l’église. Ce caveau, à vocation vraisemblablement familiale, est composé d’au moins deux niveaux de cercueils ; cliché Archeodunum

 

Le prieuré Saint-Robert, ultime demeure des premiers dauphins

Au-delà d'un ensemble destiné à accueillir une communauté monastique, le monastère est également un espace en partie dédié aux défunts. 4 secteurs d'inhumation se distinguent :

- Le cimetière paroissial, à l'ouest de l'église, concentre de très nombreuses inhumations. La densité, de l'ordre de 6 à 7 individus au m², est accentuée par la proximité de l'édifice cultuel. L'essentiel des sépultures correspond à des inhumations en cercueil. Sur les 40 m² de cimetière conservés, le nombre de sépultures est estimé entre 150 et 200.

- L'église est naturellement un lieu d'inhumation. Toutefois, la fonction funéraire de cet édifice est limitée, une dizaine de sépultures ayant été mises au jour dans les chapelles et 4 sépultures seulement dans le chœur liturgique. Deux caveaux ont également été mis au jour, occupant chacun une chapelle et ayant vraisemblablement une vocation de caveau familial (fig. 5).

- Le chevet de l'église polarise une aire sépulcrale dont l'étendue n'a pas encore été définie, qui pourrait correspondre au cimetière de la communauté monastique. La présence de plus de 150 sépultures est supposée, dont de nombreux coffrages maçonnés anthropomorphes (fig. 6).

- Le cloître abrite une trentaine de sépultures en cercueil ou en linceul, déposées dans des fosses perpendiculaires à l'axe des galeries. Deux caveaux ont été identifiés dans la galerie occidentale. Surtout, une aire sépulcrale privilégiée a été identifiée dans l'angle nord-est du cloître, correspondant très vraisemblablement à la chapelle des dauphins.

Fig. 6 : Coffrage anthropomorphe caractéristique de la période romane, situé au chevet de l’église ; cliché Archeodunum

Fig. 7 : Vue de la chapelle des dauphins ; cliché Archeodunum

 

La chapelle des dauphins, identifiée grâce aux plans de 1658 et 1660, est aménagée dans le cloître à l'intersection de la nef et du transept, formant une des entrées de l'église. Elle est composée de 4 caveaux, répartis en 2 groupes de part et d'autre d'un massif adossé au mur de la galerie orientale du cloître (fig. 7). Les deux caveaux situés au nord sont orientés nord-sud et ont conservés leurs dalles funéraires en molasse. Les deux autres caveaux, situés au sud, sont orientés est-ouest. L'un d'eux est toujours scellé par sa dalle funéraire, très morcelée, alors que la dalle du second est effondrée à l'intérieur du tombeau.

Ces caveaux seront fouillés en septembre 2017.

 

Du prieuré à l'hôpital psychiatrique

Après la Révolution, l'ensemble conventuel est acheté par le Département (1812), qui transforme le site en dépôt de mendicité puis en asile départemental d'aliéné à partir des années 1840. Les bâtiments sont alors profondément remaniés et intégrés à un ensemble pavillonnaire qui constituait l'hôpital jusqu'aux récents travaux.
Les bâtiments conventuels sont intégralement conservés. La nef de l'église est entièrement reconstruite entre 1840 et 1848, le chœur liturgique étant préservé pour servir de chapelle. Ce dernier est détruit entre 1860 et 1878 pour laisser place à un pavillon d'entrée, qui donnera à la blanchisserie de l'hôpital son aspect définitif.
Le cloitre est également détruit, une galerie étant maintenue au sud avec de nouvelles arcades. La moitié nord de l'aile ouest est détruite, afin d'aligner sa façade nord avec celle de l'aile orientale. Elle est reconstruite au XXe siècle pour se raccorder à une extension de la blanchisserie.